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Qu’il s’agisse d’approche inclusive, d’enseignement inclusif, d’école inclusive ou encore de classe inclusive, on entend de plus en plus parler d’inclusion, mais qu’en est-il exactement ? À quelles réalités concrètes ces expressions renvoient-elles ? Plein feu sur cette nouvelle thématique au Salon.

On confond bien souvent intégration et inclusion.

Selon l’UNESCO[1], en cas d’intégration, les apprenants ayant des « besoins éducatifs spéciaux » sont placés dans des contextes éducatifs ordinaires avec des adaptations et des ressources, à condition qu’ils puissent s’insérer dans des structures, des attitudes et un environnement inchangés existants. L’intégration scolaire reposait jusqu’ici sur la collaboration mise en place entre un établissement d’enseignement ordinaire (EEO) et un établissement d’enseignement spécialisé (EES) afin d’offrir un encadrement adapté à l’élève. Cela permettait de soutenir l’enseignant ordinaire en lui proposant des outils et des pédagogies adaptés pour pouvoir gérer au mieux l’ensemble du groupe-classe.[2]

Le Pacte pour un Enseignement d’Excellence introduit désormais la notion de pôles territoriaux, à savoir des structures attachées à des écoles spécialisées désignées comme « écoles sièges ». Celles-ci peuvent décider de collaborer avec une ou plusieurs autres écoles spécialisées, dites « écoles partenaires » en vue de diversifier et d’enrichir les expertises en matière de prise en charge des différents besoins spécifiques. À la rentrée 2022, chaque école d’enseignement ordinaire, dite « école coopérante », coopérera avec un des pôles territoriaux qui la soutiendra dans la mise en place des aménagements raisonnables et dans l’intégration des élèves à besoins spécifiques.[3]

La notion d’inclusion, elle, est apparue ces dernières années sous l’influence de travaux anglo-saxons et de documents internationaux, notamment la Déclaration de Salamanque portant sur l’accueil des élèves à besoins spécifiques dans l’enseignement ordinaire (1994) et la Convention des Droits des Personnes handicapées (2006, approuvée par la Belgique 23/3/2009).[4] Très concrètement, l’inclusion est un processus qui aide à surmonter les obstacles qui limitent la présence, la participation et la réussite d’apprenants [5], sans clivage sur la base de l’une ou l’autre caractéristique. En vertu du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies[6], les États, dont la Belgique, ont l’obligation de respecter, de protéger et de garantir le droit de tous les apprenants à l’éducation. L’école est donc tenue d’accueillir, de façon aussi ordinaire que possible, tous les jeunes en s’adaptant aux besoins de chacun. Cela revient à dire que chaque élève, quel que soit son handicap, son origine, ou son milieu économique et social, doit être accompagné selon les besoins éducatifs qui lui sont propres.

Approche inclusive

L’approche inclusive vise dès lors à accueillir tous les élèves, quelles que soient leurs caractéristiques particulières, d’ordre physique, intellectuel, social, affectif, linguistique ou autre. L’école devrait recevoir aussi bien les enfants en situation de handicap que les surdoués, les enfants des rues et ceux qui travaillent, les enfants des populations isolées ou nomades, ceux des minorités linguistiques, ethniques ou culturelles ainsi que les enfants d’autres groupes défavorisés ou marginalisés.[7] En soi, il s’agit d’une nouvelle manière d’envisager la société : il s’agit essentiellement d’adapter l’environnement des apprenants à leur situation. En effet, comme l’explique Aurélie Huyse[8], la situation de handicap étant la résultante de la rencontre entre l’individu et son environnement, tout le défi de la démarche inclusive consiste par exemple à identifier les interventions ou aménagements scolaires à mettre en place par l’équipe éducative afin de permettre à l’élève dit « en situation de handicap » de suivre les cours.

Enseignement inclusif

L’enseignement inclusif signifie que tous les élèves apprennent ensemble dans le même environnement scolaire. Cela concerne les élèves en situation de handicap ou non, ainsi que les primo-arrivants qui ne parlent pas la langue ou les étudiants issus de familles qui éprouvent des difficultés.[9] L’école inclusive regroupe dès lors l’ensemble des solutions et moyens mis en place par le corps enseignant pour garantir la réussite du parcours individuel de l’élève et répondre à chacun de ses besoins. L’école inclusive valorise en effet « la diversité et s’efforce d’offrir le maximum de possibilités d’apprentissage à tous les élèves ».[10]

Classe inclusive

La classe inclusive, enfin, est une classe d’enseignement spécialisé implantée dans un établissement d’enseignement ordinaire. Les élèves de ces classes bénéficient d’un accompagnement plus important et, selon les possibilités de l’élève et de la capacité d’encadrement de l’école, les élèves poursuivent leurs apprentissages au sein des classes ordinaires.

Valeur ajoutée de l’inclusion à l’école

Au-delà de la conformité aux obligations légales et aux traités internationaux, quelle est la valeur ajoutée de l’inclusion à l’école ?

L’école inclusive présente un double avantage. D’une part, l’enseignement inclusif ayant pour objectif de n’exclure personne et d’accepter les différences permet d’éviter les phénomènes d’exclusion. [11] L’élève en situation de handicap relativise sa situation en se confrontant au regard des autres et l’enfant à besoins spécifiques acquiert le sentiment d’être un.e élève à part entière, ce qui permet d’améliorer l’image de soi et l’estime de soi. Il/Elle développe une autonomie sociale, apprend à faire valoir ses droits et à participer à une culture commune, développe ses aptitudes sociales, apprend à nouer des liens sociaux et à entretenir des relations avec ses pairs.

D’autre part, comme l’explique Unia, une école où les élèves peuvent se sentir épanouis et confiants, (…) où chacun se sent chez soi est un pas important vers une société où chacun compte. En apprenant ensemble dans des écoles inclusives, les enfants trouveront normal, plus tard dans leur vie, d’interagir les uns avec les autres. Cela crée une société fondée sur la tolérance, l’inclusion et la justice sociale.[12]

Cela permet à chacun.e de participer activement à l’évolution des représentations liées à la différence, de lutter contre les stéréotypes et d’apprendre à dépasser sa peur de l’autre et ainsi vivre avec la différence.

Cette ambition d’une société solidaire, plus tolérante et plus équitable dans laquelle la diversité et les différences entre les êtres humains seraient acceptées et célébrées se heurte toutefois à un certain nombre de difficultés. Citons notamment les longs délais d’attente pour faire valider les dossiers et bénéficier d’un accompagnement individuel[13], les difficultés à gérer l’hétérogénéité de la classe[14] et la surcharge de travail pour les enseignants qui doivent s’adapter aux spécificités de chaque élève[15] ainsi que le manque de formation spécifique des enseignants de l’ordinaire en matière de troubles de l’apprentissage, cette thématique intervenant peu dans leur cursus, mais pouvant faire l’objet de formations continues.

Ce cadre étant posé, nous aborderons dans les prochains articles les différentes facettes de cette thématique de l’inclusion à l’école. Nous nous pencherons plus en détail sur les troubles de l’apprentissage et les apports de l’enseignement spécialisé en tant que centre d’expertise en accompagnement de ces troubles. Nous consacrerons également un article aux élèves à besoins spécifiques et aux aménagements raisonnables. Nous aborderons aussi l’inclusion des élèves en situation de migration avant de conclure par des exemples concrets de bonnes pratiques inclusives en vue de la rentrée prochaine et de la mise en œuvre du Pacte d’excellence.

[1] UNESCO, Un Guide pour assurer l’inclusion et l’équité dans l’éducation, ONU, 2017. Disponible à l’adresse : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000259389

[2] https://www.inclusion-asbl.be/au-long-de-la-vie/eduquer-notre-enfant/inclusion-scolaire, consultée le 30/04/2022

[3] http://www.enseignement.be/index.php?page=28585&navi=4908, consultée le 30/04/2022

[4] https://www.lesoir.be/189754/article/2018-11-13/un-pacte-pour-un-enseignement-dexcellence-et-inclusif

[5] UNESCO, Un Guide pour assurer l’inclusion et l’équité dans l’éducation, ONU, 2017. Disponible à l’adresse : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000259389

[6] https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/international-covenant-economic-social-and-cultural-rights, consultée le 10/06/2022

[7] UNESCO, Vaincre l’exclusion par des approches intégratrices dans l’éducation, ONU, 2003. Disponible à l’adresse : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000134785_fre

[8] Brun, Philippe et Mellier, Daniel (coll.), 12 interventions en psychologie du développement, DUNOD, 2019

[9] http://www.riepp.be/IMG/pdf/analyse_6-2013_du_riepp_approche_inclusive.pdf, consulté le 09/06/2022

[10] https://www.ecoleclerfayt.be/classe-a-visee-inclusive-2021/

[11] European Agency for Special Needs and Inclusive Education, Evidence of the Link Between Inclusive Education and Social Inclusion: Final Summary Report (S. Symeonidou, ed.), Odense, Denmark, 2018, p. 6.

[12] https://www.unia.be/fr/domaines-daction/enseignement/enseignement-inclusif/pourquoi-lenseignement-inclusif-est-important#:~:text=Une%20%C3%A9cole%20o%C3%B9%20chacun%20se,inclusion%20et%20la%20justice%20sociale.

[13] https://www.gamp.be/new/wp-content/uploads/2020/12/2012-etude-enseignement-inclusif-3-decembre-2020.pdf,

[14] Amael Andre, L’inclusion pour changer l’école, La diversité en contexte scolaire, L’Harmattan, 2018

[15] Bataille, Pascal et Midelet Julia, L’école inclusive : un défi pour l’école, Repères pratiques pour une formation adaptée des élèves, Cahiers pédagogiques, ESF sciences humaines, 2021